Que faut-il retenir de la COP26 ?

15/11/21 Durant 15 jours, les représentants de 197 pays se sont réunis à Glasgow (Royaume-Uni) à l’occasion de la 26ème Conférence sur les changements climatiques ou COP26. Ils ont tenté, tant bien que mal, de parvenir à un accord sur le climat.

Du 1er au 13 novembre, la ville de Glasgow, au Royaume-Uni, a accueilli la 26ème édition de la Conférence sur les changements climatiques ou COP26. Mise en place par l’Organisation des Nations Unies (ONU) depuis 1995 et organisée chaque année dans un pays différents, cette conférence a pour objectif de discuter des mesures à appliquer sur le plan international pour lutter contre les changements climatiques.

Organisée conjointement par le Royaume-Uni et l’Italie, la COP26 a réuni les représentants de 197 pays, tous membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

La COP26 était d’une importance capitale dans un contexte où les prévisions sur les changements climatiques sont de plus en plus pessimistes. En effet, suite au rapport du GIEC, il est désormais acté que le monde connaitra une augmentation « catastrophique » de la température de 2°C d’ici la fin du siècle. De plus, les pays participants sont continuellement tiraillés entre la nécessité d’agir pour limiter le changement climatique et leurs propres enjeux économiques ce qui complique les négociations.

De nombreux pays tels que l’Inde ou la Chine sont encore fortement dépendants des énergies fossiles et notamment du charbon.

Afin de faire face à l’urgence climatique, il a été décidé que le COP26 se concentrerait sur quatre grandes thématiques :

  1. La sortie des énergies fossiles ;
  2. La réforme de l’automobile ;
  3. Le financement climatique ;
  4. La fin de la déforestation.

Selon Boris Johnson, le Premier ministre britannique, il est indispensable que « tous les autres pays suivent l’exemple du Royaume-Uni et s’engagent à zéro émission nette de carbone d’ici le milieu du siècle ».

Comment organiser la sortie des énergies fossiles ?

La sortie du charbon

Ce n’est un secret pour personne, le recours aux énergies fossiles telles que le charbon ou le pétrole n’est plus compatible avec les enjeux écologiques actuels. En effet, la production, l’exploitation et l’utilisation de ces énergies représentent les principales causes de l’augmentation de la température terrestre.

Cependant, de nombreux pays , dont d’importantes puissances économiques, sont encore fortement dépendants de ces énergies fossiles et notamment du charbon. La Chine est par exemple le premier producteur de charbon au monde, mais aussi le plus gros consommateur (54% du charbon mondial est consommé dans l’empire du Milieu).

Derrière le géant chinois on retrouve :

  • L’Inde qui consomme 11,6% du charbon mondial ;
  • Les États-Unis (6,1%) ;
  • Le Japon (3%) ;
  • L’Afrique du Sud (2,3%) ;
  • La Russie (2,2%) ;
  • L’Indonésie (2,2%) ;
  • La Corée du Sud (2%).

En ce qui concerne la dépendance au charbon, c’est-à-dire la part de charbon dans le mix énergétique, on peut citer :

  • Le Botswana (99,8% du mix énergétique) ;
  • Le Kosovo (94,9%) ;
  • La Mongolie (92,3%) ;
  • l’Afrique du Sud (85,5 %) ;
  • La Moldavie (82,3 %) ;
  • L’Inde (70,6 %) ;
  • La Serbie (70 %) ;
  • La Pologne (69,8 %).

Ces chiffres montrent bien que le chemin pour en finir avec le charbon est encore long. En effet, pour de nombreux pays, il faudra des décennies pour sortir de la dépendance en raison d’un manque de moyens et d’infrastructures.

Malgré tout, à l’occasion de la COP26, près de quarante pays , y compris de gros consommateurs comme le Canada ou la Pologne, se sont engagés à en finir avec le charbon pour produire de l’électricité verte. Cette fin du charbon est prévue pour 2030 pour les pays riches et 2040 pour les pays les plus pauvres.

Le saviez-vous ?

En 10 ans, le Royaume-Uni a fortement réduit la part du charbon dans son mix énergétique. Elle était de 40% en 2010, 8% en 2020 et devrait être nulle d’ici 2024.

La sortie du gaz et du pétrole

En finir avec la production de gaz et de pétrole fait également partie des grands objectifs des années à venir. C’est en sens que douze pays ont formé une coalition sous le nom de « Beyond Oil and Gas Alliance » (BOGA). Ils se sont ainsi engagé à  :

  • Ne plus produire de pétrole et de charbon sur leur sol ;
  • Ne plus accorder de nouvelles licences aux entreprises productrices ;
  • Fixer une date de fin d’exploitation pour les licences en cours.

Parmi les pays signataires, on peut citer la France, la Suède, le Danemark mais aussi le Groenland, le Portugal ou encore la Nouvelle-Zélande.

Les principes de la coalition BOGA sont en adéquation avec l’accord de Paris ratifié en 2015. D’ailleurs, certains pays comme la France (en 2040) et le Danemark (en 2050) s’étaient déjà engagés à sortir des hydrocarbures.

L’arrêt du financement des énergies fossiles

En plus de la promesse de stopper la production d’hydrocarbures sur leur territoire, plusieurs pays et institutions financières se sont engagés à ne plus financer de projets à l’étranger liés aux énergies fossiles.

Seuls les projets dotés de dispositifs d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre pourront bénéficier de financement. La France, le Canada, l’Italie ou encore la Suède et l’Espagne ont signé cet accord qui devrait entrer en vigueur d’ici la fin de l’année 2022.

Le saviez-vous ?

Le Japon, la Corée du Sud et la Chine ont promis de cesser les investissements dans le charbon à l’étranger.

La diminution des émissions de méthane

Comme nous vous l’expliquions dans cet article, les participants de la COP26 se sont engagés à réduire leurs émissions de méthane de 30% d’ici 2030. Le Pacte global pour le méthane réunit donc une centaine de pays, y compris les États-Unis et l’Union européenne autour de projets commun :

  • Colmater des fuites sur les réseaux gaziers ;
  • Changer le régime alimentaire des bovins afin de réduire leurs flatulences.

Selon le président américain Joe Biden, réduire les émissions de méthane est « la stratégie la plus simple et la plus efficace que nous avons pour ralentir le réchauffement à court terme ».

Le méthane ne représente que 10% des émissions de gaz à effet de serre, mais son pouvoir de réchauffement de l’atmosphère est 28 fois supérieur au CO2.

Quelles solutions pour reformer l’automobile ?

Un accord en demi-teinte

Le mercredi 10 novembre, une trentaine d’États, de régions et une dizaine de constructeurs automobiles ont signé un accord dans lequel ils s’engagent à « faire en sorte que toutes les ventes de voitures et de camionnettes neuves soient à zéro émission dans le monde d’ici à 2040, et au plus tard en 2035 sur les grands marchés ».

Parmi les pays et régions signataires de cet accord on retrouve le Royaume-Uni, le Canada, la Catalogne ou encore la Californie, mais pas la France, l’Allemagne ou les États-Unis.

En effet, ces nations ne sont d’accord sur le type de véhicule à inclure dans l’accord. « Sur 2035 nous sommes d’accord sur le principe de la fin de la vente des véhicules non électrifiés, mais un débat est en cours sur le fait d’inclure ou non les hybrides dans cette catégorie » explique Barbara Pompili, la ministre française de la Transition écologique.

Il en est de même pour les États-Unis qui visent 50% de véhicules à zéro émission d’ici 2030, mais qui inclus les véhicules hybrides rechargeables (et donc avec moteur thermique) dans cette catégorie.

Qui sont les constructeurs signataires ?

En plus des États, plusieurs constructeurs automobiles ont également ratifié l’accord et se sont engagés à ne plus construire de véhicules thermiques d’ici 2035. Ces grands constructeurs sont Ford, General Motors, Volvo, Mercedes-Benz, BYD et Jaguar Land Rover.

En revanche, d’autres grands acteurs du secteur automobile tels que Renault-Nissan-Mitsubishi, Toyota, Volkswagen ou encore PSA-Fiat-Chrysler ont refusé de signer la déclaration.

Ces divergences entre les constructeurs automobiles ne viennent pas rassurer les ONG alors que les transports sont parmi les principaux postes d’émissions de gaz à effet de serre.

« Pour arrêter les énergies fossiles, nous devons mettre un terme à notre dépendance. Cela veut dire passer des moteurs à combustion aux véhicules électriques et créer des réseaux de transports publics propres sans délai. Ce qui est très inquiétant est que des économies majeures comme les États-Unis, l’Allemagne, la Chine, le Japon, et des constructeurs comme VW, Toyota et Hyundai n’ont même pas voulu signer une déclaration sur les véhicules électriques qui promet moins que ce qui serait nécessaire pour conserver une certaine sécurité climatique » déplore Martin Kaiser, un activiste de Greenpeace Allemagne.

Qu’est-ce que le financement climatique des pays en voie de développement ?

L’échec des engagements de la COP15

En 2009, à l’occasion de la COP15 qui se tenait à Copenhague au Danemark, les participants s’étaient engagés à aider les pays en voie de développement à faire face aux conséquences du changement climatique à hauteur de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020.

Pourtant, selon un récent rapport de l’OCDE, les financements climatiques publics des pays les plus riches ont atteint « seulement » 62 milliards de dollars. Les financements privés s’élèvent quant à eux à 14,2 milliards de dollars. Même si la pandémie de Covid a fortement ralenti les investissements, l’OCDE estime que l’objectif des 100 milliards de dollars ne pourra être atteint qu’en 2023.

Cependant, les États en voie de développement ont tenté de profiter de la COP26 pour renégocier cet accord. Ils ont ainsi demandé à ce que le financement climatique des pays riches s’élève à 1300 milliards de dollars par an. Cette somme serait divisée en deux pour couvrir deux usages :

  1. Le financement des politiques d’atténuation mises en place par les pays en développement ;
  2. Le financement des politiques d’adaptation pour se protéger des effets du réchauffement climatique.

Pour le moment, les participants de la COP26 devraient rester fixés sur l’objectif de 100 milliards de dollars par an. Mais à terme, cette somme ne sera évidement pas suffisante.

L’épineuse question des pertes et préjudices

La question des pertes et préjudices fait référence à tous les effets irréversibles du changement climatique. En effet, certains de ses effets ne pourraient pas être inversés, même si les émissions mondiales de gaz à effet de serre étaient réduites à zéro.

Le problème est que ces effets (sécheresse, inondations, montée des eaux, etc) se font particulièrement ressentir dans les pays en voie de développement, notamment en Afrique et en Océanie. Selon une étude, les pertes et préjudices coûtent chaque année entre 290 et 580 milliards de dollars, des chiffres qui pourraient plus que doubler d’ici 2050.

Les pays concernés demandent donc la mise en place d’un mécanisme financier qui va permettre de compenser les pertes et de s’adapter aux changements du climat.

Cependant, les pays riches et notamment l’Union européenne et les États-Unis refusent de mettre en place un tel mécanisme de peur que les demandes de compensation financières soient sans limite.

À l’issue de la COP26, il a donc été décidé, sur la base d’un compromis entre les États, d’une accélération des mesures déjà mises en place, mais sans objectifs chiffrés dans le temps. Pour plus d’informations lisez cet article.

Comment mettre fin à la déforestation ?

Quels engagements pour lutter contre la déforestation ?

Pour la première fois de l’histoire, les représentants de 100 pays ont pris la décision d’arrêter la déforestation et la dégradation des terres à partir de 2030. Les douze pays vont conjointement allouer 12 milliards de dollars de fonds publics entre 2021 et 2025.

Parmi les douze pays membres de cet accord, on retrouve de grandes puissances forestières comme le Brésil, le Canada, la Russie, la Colombie ou encore la République démocratique du Congo.

Néanmoins, l’accord sur la déforestation est un trompe-l’œil qui vient en remplacement de la Déclaration de New York sur les forêts de 2014. Cette déclaration prévoyait une réduction de moitié des pertes forestières entre 2020 et 2030. Cependant, selon un rapport de l’ONG Global Forest Watch, les pertes forestières ont augmenté entre 2015 et 2020. L’année 2019 a d’ailleurs été la troisième pire année de déforestation du XXIe siècle.

11,9 millions d’hectares ont été détruits en 2019.

Le Pacte de Glasgow

Le samedi 13 novembre s’est achevée la 26ème Conférence sur les changements climatiques. Malgré des négociations difficiles, les représentants des 197 pays sont parvenus à un accord global intitulé « Pacte de Glasgow ».

Ce pacte qualifié « d’imparfait » par de nombreux observateurs extérieurs se composent de 8 sections qui doivent servir de ligne directrice pour les années à venir.

Ainsi, il est demandé aux États :

  • De revoir à la hausse leurs engagements climatiques ;
  • De poursuivre les efforts pour limiter l’augmentation de la température à 1,5°C ;
  • D’accélérer la transition énergétique ;
  • De renforcer le financement climatique.

Les pays signataires devront par ailleurs rendre régulièrement des comptes à la CCNUCC afin de prouver le respect de leurs engagements.

infographie cop26

Sources :

  • Le Point, « Réchauffement climatique : ce qu’il faut retenir de la COP26 », 15/11/2021 ;
  •  France 24, « COP26 : charbon, « pertes et préjudices », déforestation… Que contient le pacte de Glasgow ? », 14/11/2021 ;
  • France Info, « COP 26 : des engagements timides et des déceptions », 14/11/2021.

Mis à jour le 17 Nov, 2021

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Redactor

Maxime Degras

Rédacteur senior expert des sujets énergie

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